Lepic-Abbesses, c’est approximativement un quartier du 18ème situé entre le Moulin Rouge et le Sacré Coeur. J’habite là bas depuis 3 ans et je peux vous dire qu’aujourd’hui c’est fini, les touristes ont tout salopé, les services de proximité disparaissent jour après jour, faites place aux touristes, dégagez la rue, ils vont vous écraser la gueule.

Tout commence au Moulin Rouge, symbole illusoire et prodigieux de l’érotisme parisien. Les portes étendard du renoncement libidinal viennent faire la queue, partager un repas et apprécier ces jeunes femmes plumées, seins nus, sourire, maquillage, pensée morbide, avortement, anorexie, espoir. Papa, CSP chiasse chiasse : chemise à rayures vertes et bleues plongée dans un pantalon belge bien serré par une ceinture en cuir marron, basket blanche à 19,99 euros chez Décathlon. La commode qui lui sert de femme se la joue robe de soirée noire fendue, achetée il y a 7 ans à l’occasion d’un cocktail du comité d’entreprise. Juchée sur des talons tout aussi disgracieux, Madame a manucuré ses panards, chose qu’elle n’avait pas faite depuis des années, à la manière d’un menuisier c’est à dire au rabot, le résultat est, vous vous en doutez, particulièrement hideux.

Ils remontent ensuite la rue Lepic en file indienne et observent notre cadre de vie comme au zoo. Abbesses est devenu une sorte de musée d’êtres vivants à ciel ouvert. C’est le “Village des Frenchies” comme il y a eu le “Village de Bamboula”, rappelez vous !

Le simple fait d’aller acheter une baguette de pain se mue en une expérience éminemment grotesque quand on observe avec quelle désinvolture les difformités culturelles se confondent. Les groupes de jazz tentent de cohabiter avec les danseurs de capoiera qui foutent un merdier pas possible tandis que de l’autre côté de la rue un noir jongle avec un bocal à poissons rouges sur le crâne.

Tout ça, sans oublier les accordéonistes gitans et ces valses musettes que l’on pensait définitivement disparues suite à l’exhumation sauvage de l’infernal Patrick Bruel. Elles sont désormais réimportées par de sombres romanichels qui perpétuent malgré nous cette accablante malédiction. Je ne peux m’empêcher de penser alors que le crime est l’unique distraction admise quand je suis face à un tel marasme.

Le truc aujourd’hui c’est que, nous riverains, sommes particulièrement concernés par cette métamorphose qui existe sûrement depuis des années mais qui est de plus en plus ostensible ces derniers temps. L’autre fois  gros malaise quand il fut question d’aller acheter du poulet chez le traiteur Chicken Family (petit traiteur sympa chez lequel les gens du quartier se retrouvent à la bien pour discuter et acheter de la bonne bouffe.) Le mec faisait la gueule parce que My Hotel in France a saisi la justice pour le faire décamper à cause d’une sombre histoire d’obstruction de local à vélo. Décision en appel : le traiteur a 4 mois pour se tirer, sans indemnité. Le mec perd tout. Les larmes aux yeux, il expliquait qu’il avait commencé à bosser à 15 ou 16 piges, qu’il avait monté son truc avec ses gosses et qu’aujourd’hui ben plus rien. Tout ça pour le confort des chinois et des allemands qui débarquent par dizaines chaque jour, sans se douter qu’ils sont entrain de tout défoncer, un peu comme les sangliers qui ravagent les cultures des paysans à la campagne. Sauf qu’avec les paysans ça se termine avec une balle dans la panse, à Abbesses c’est tapis rouge.

Alors que faire ? Le traiteur organise une manifestation le 2 juillet place des Abbesses, il va sans dire que je n’y assisterai pas puisque je serai en CentreAfrique pour construire une maternité dans la ville de Yalinga. Néanmoins voici la pétition du traiteur avec un texte explicatif si vous voulez en savoir plus.

Allez et comme dirait Poussin : KISS !

One Response to “La mort du quartier Lepic-Abbesses.”

  1. La description des touristes est délicieuse.

    Matt

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